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Où vont vos données quand un agent IA lit vos mails ?

Brancher un agent IA sur sa messagerie, c'est confier à un prestataire les noms, adresses et échanges de ses clients. Les quatre questions à poser avant, ce que déclarent les dix agents du classement, et ce que vous devez écrire de votre côté.

Par Comment nous testons les agents IA

Un agent IA qui lit vos mails ne se contente pas de les afficher. Il les copie vers ses serveurs, les fait lire par un modèle de langage, en garde parfois une trace, et peut agir sur vos autres outils. Chaque mail contient des données personnelles : un nom, une adresse, un numéro de téléphone, parfois un litige ou un problème de santé.

Où vont vos données, alors ? La réponse dépend de l’éditeur, et elle se trouve rarement en page d’accueil. Cet article donne une information générale, pas un conseil juridique : pour un cas particulier, un avocat ou un délégué à la protection des données reste l’interlocuteur.

Les quatre questions à poser à l’éditeur d’un agent IA

1. Où les données sont-elles stockées, et où sont-elles traitées ?

Les deux ne coïncident pas toujours. Un éditeur peut stocker vos mails dans un centre de données en France et les faire lire par un modèle qui tourne ailleurs. Le traitement, au sens du RGPD (le règlement européen sur la protection des données), couvre toute opération : lecture, analyse, rédaction d’une réponse.

Le Comité européen de la protection des données, qui réunit les autorités européennes de protection des données dont la CNIL, précise dans ses lignes directrices 05/2021 qu’un sous-traitant situé hors de l’Union qui accède à distance à des données stockées dans l’Union, par exemple pour l’assistance, réalise un transfert hors de l’Union. Demandez donc aussi d’où se connecte le support.

2. Quels sous-traitants voient passer vos données ?

Un agent IA est rarement une seule entreprise. Derrière l’éditeur, il y a un hébergeur, un fournisseur de modèle, parfois un service d’envoi de mails ou de transcription vocale. Chacun est un sous-traitant ultérieur. L’article 28 du RGPD interdit au prestataire d’en recruter un sans l’autorisation écrite, spécifique ou générale, de son client : vous.

Demandez la liste nominative, avec le pays de chacun. Une mention « nos partenaires techniques » ne suffit pas à répondre.

3. Vos contenus servent-ils à entraîner un modèle ?

Entraîner un modèle, c’est utiliser des textes pour améliorer ses réponses futures, au bénéfice de tous ses utilisateurs. Si l’éditeur le fait avec vos mails, il ne travaille plus seulement pour vous. Le RGPD prévoit qu’un sous-traitant ne traite les données que sur instruction documentée de son client, et que celui qui détermine lui-même les finalités d’un traitement est considéré comme responsable de ce traitement (article 28, paragraphes 3 et 10).

Demandez si l’entraînement est exclu par défaut ou seulement désactivable, et si cela dépend de l’offre souscrite.

4. Quel accès accordez-vous exactement à ses outils ?

Quand vous connectez un agent à Google ou à Microsoft, un écran vous demande d’accorder des autorisations. Ces « portées » fixent ce que l’agent peut lire et modifier : vos mails seulement, votre agenda, ou l’ensemble de vos fichiers. Lisez cet écran au lieu de cliquer sur « Autoriser ».

Un agent qui n’a besoin que de trois dossiers n’a pas à voir tout le Drive. Plus l’accès est large, plus une erreur de l’agent ou une faille chez l’éditeur porte loin.

Ce que déclarent les agents du classement

Le tableau ci-dessous reprend ce que nous avons relevé pour chaque agent, sur la base de ce que l’éditeur publie. C’est du déclaré par l’éditeur, pas une vérification sur place : nous n’avons pas eu accès à leurs contrats de sous-traitance.

AgentHébergement déclaré par l’éditeurCe que relève notre fiche
JolibotFrance et AllemagnePas d’autre point relevé
ChatGPTÉtats-UnisEntraînement désactivable ; résidence européenne non garantie sur les offres individuelles
ClaudeÉtats-UnisPas d’entraînement par défaut ; données hors Europe sur les offres individuelles
DustEuropePas d’autre point relevé
Grok BotCloud obligatoireLocalisation des données non publiée
OpenClawChez vous (auto-hébergé)Sécurité et maintenance à votre charge
HermesSelon votre déploiementHébergement et modèles à votre charge
LimovaUnion européenne, pays non préciséSous-traitants non nommés ; la portée Google demandée ouvre le Drive entier
ManusCloudPas de résidence dans l’Union déclarée
QaptenServeur dédié dans l’UnionConstruit sur OpenClaw

Deux lectures s’imposent. D’abord, « hébergé en Europe » répond à la moitié de la première question : le tableau dit où les données sont stockées, rarement où tourne le modèle qui les lit. Ensuite, les agents auto-hébergés comme OpenClaw et Hermes déplacent la question sans la supprimer : les données restent chez vous, mais le texte part vers le fournisseur de modèle que vous branchez. Notre comparatif Hermes contre OpenClaw détaille ce que cela demande.

La sécurité des données entre dans la note de chaque agent ; la page méthode explique comment elle est évaluée.

Ce que vaut une déclaration sans preuve

Une phrase sur un site ne dit pas ce que prévoit votre contrat. Trois éléments permettent d’aller au-delà.

Le contrat de sous-traitance. Souvent appelé DPA (pour Data Processing Agreement), il est obligatoire : l’article 28 du RGPD impose un contrat qui prévoit notamment le traitement sur instruction documentée, la confidentialité, la sécurité, les conditions de recours à d’autres sous-traitants, l’aide pour répondre aux demandes des personnes, et la suppression ou la restitution des données en fin de contrat. La CNIL publie des clauses contractuelles types et un dossier sur le travail avec un sous-traitant. Un éditeur qui ne peut pas fournir ce contrat ne répond pas à la question.

Le cadre de transfert vers les États-Unis. La Commission européenne a adopté le 10 juillet 2023 une décision d’adéquation pour le Data Privacy Framework, le cadre UE-États-Unis de protection des données. Il ne couvre que les entreprises américaines qui y adhèrent ; leur liste est publique sur le site du programme, géré par le département américain du Commerce. Le Tribunal de l’Union européenne a rejeté le 3 septembre 2025 un recours en annulation contre cette décision (affaire T-553/23) ; un pourvoi a été formé le 31 octobre 2025 devant la Cour de justice. Le cadre s’applique aujourd’hui, mais son avenir dépend encore de la justice européenne.

La loi du pays de l’éditeur. Le Cloud Act américain de 2018 oblige un fournisseur de services soumis au droit américain à communiquer, sur demande légale des autorités américaines, les données qu’il a en sa possession, sa garde ou sous son contrôle, qu’elles soient stockées aux États-Unis ou ailleurs. Autrement dit, un serveur en Europe exploité par une société relevant du droit américain ne met pas, à lui seul, les données hors de portée de ce texte. Le ministère américain de la Justice présente le dispositif.

Ce que vous devez écrire de votre côté

Quand vous confiez vos mails clients à un agent, c’est vous le responsable du traitement ; l’éditeur est votre sous-traitant. Deux obligations en découlent.

Le registre des traitements. L’article 30 du RGPD exempte les entreprises de moins de 250 salariés, sauf pour les traitements qui ne sont pas occasionnels, qui présentent un risque ou qui portent sur des données sensibles. La CNIL précise que la gestion des clients, des prospects et de la paie fait partie de ces traitements non occasionnels : une TPE qui gère des clients tient donc, en pratique, un registre. La CNIL propose un modèle simplifié à télécharger sur la même page.

Pour l’agent, la fiche du registre indique la finalité (par exemple « tri et réponse aux demandes clients »), les catégories de personnes et de données, les destinataires dont l’éditeur et ses sous-traitants, les éventuels transferts hors de l’Union, la durée de conservation et les mesures de sécurité.

L’information des personnes. Vos clients doivent savoir ce que vous faites de leurs données. La CNIL liste les mentions attendues : identité du responsable, finalités, base légale, destinataires, durée de conservation, droits, droit de réclamation auprès de la CNIL, et, le cas échéant, l’existence de transferts hors de l’Union. Si l’agent change la liste des destinataires, votre mention d’information doit suivre.

Ce que vous faites lundi matin

  1. Écrivez à l’éditeur de votre agent pour demander trois documents : le contrat de sous-traitance, la liste nominative des sous-traitants avec leur pays, et sa règle sur l’entraînement.
  2. Ouvrez les réglages de connexion Google ou Microsoft de l’agent et retirez les accès dont il n’a pas besoin.
  3. Si un sous-traitant est américain, cherchez son nom sur la liste du Data Privacy Framework.
  4. Téléchargez le modèle de registre de la CNIL et remplissez la fiche « agent IA ».
  5. Relisez la mention d’information de votre site et de vos devis, et ajoutez l’éditeur parmi les destinataires.

Pour comparer les agents sur ce critère, la liste complète du classement affiche la note de sécurité de chacun. Les autres articles sur les données sont réunis dans la rubrique RGPD.

Voir comment chaque agent s'en sort

Dix agents IA notés sur sept critères, chaque note justifiée.

Le classement